1937, exposition internationale des arts et techniques dans la vie moderne.

Les soviets à Baillet en France

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Le pavillon de métal et Raymond Subes

 

Les expositions de

1855,

1867,

1878,

1889,

1900,

1907,

1931,

1937.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Les expositions de

1855,

1867,

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1907,

1931,

1937

    Les visiteurs sont surtout interpellés en 1937 par le face-à-face de deux bâtiments imposants, au pied du Trocadéro, le pavillon du IIIème Reich et le pavillon soviétique, achevé pour sa part plusieurs jours après l’inauguration. Le pavillon l’URSS, surmonté de sculptures colossales. « L’ouvrier et la kolkhozienne » semblent défier l’aigle nazi qui surplombe la place de Varsovie (ça ne s'invente pas!) .

pavillon urss 1937


Les Allemands avaient attendu que le pavillon soviétique soit achevé pour finaliser le leur, ajoutant au dernier moment une dizaine de mètres à la hauteur prévue pour placer l'aigle nazi dominant les Soviétiques.

    Boris Iofan supervisa les travaux du pavillon soviétique dès 1933. Sur le projet d'origine, il avait eu l'idée de placer au sommet de son bâtiment une statue de Lénine, de 50 à 70 mètres de haut. Le projet a été approuvé le 10 mai 1933 par le Présidium.

urss paris 1exposition internationale937


    Le projet fut modifié par concours durant l'été 1936, et l’on demanda à Véra Mukhina, orthographié aussi Moukhina ou Mounikhia, née le 19 juin 1889 à Riga et décédée le 6 octobre 1953 à Moscou, de réaliser un couple soviétique monumental, en acier inoxydable de 24 mètres de haut, pesant 65 tonnes. Sur les conseils du professeur PN Lvov (Lviv), Mounikhia décide de réaliser sa double statue en plaques d’acier chromé inoxydable, rendant l'ensemble brillant comme un miroir.

mounikhia urrs paris 1937

Photos de Richard Napier -USA- 1982

    La réalisation de l'écharpe au vent et du bras du kolkhozien, (tous deux à l'horizontal) furent des défis énormes qui mis en retard le projet, mais c'est cette prouesse dans l'étoffe (5 tonnes et 10 mètres de long) qui donne vie à la sculpture monumentale et qui emporta la décision du jury.
Il fallut trois mois de travail en usine, pour réaliser un gabarit en bois taille réelle, mais en creux semble-t-il, ainsi ce qui est convexe devient concave et inversement et ce d'après l'esquisse de travail au 1/15 éme. La lutte entre la sculptrice Moukhina et l'ingénieur Zhuravlev qui devait réaliser les colosses fut quotidienne, les proportions finales étant au final assez approximatives selon l'artiste. Quatre mois furent ensuite nécessaires à la mise en forme de l'acier chromé sur les gabarits après de très nombreuses retouches et modifications .

mounikhia urrs paris 1937

Le model de travail au rapport 1/15.

    Mais la réalisation de l'écharpe comme prévu par les détracteurs du projet, est recommencée plusieurs fois, les problèmes techniques se succèdent, il faut refaire le travail et l'artiste est continuellement sur le dos des ouvriers, apportant des correctifs à chaque étape. Le directeur de l'usine, Tambostev, se plaint au gouvernement accusant Moukhina de sabotage. De délation en délation, ce fut la délégation soviétique du pavillon russe et son commissaire, Ivan Mezhlauk qui furent mis à l'index à leur retour de Paris ainsi que des ingénieurs ayant travaillé à la réalisation de la statue. Ils ne furent réhabilités, certain à titre posthume qu'après la mort de Staline.

    L'assemblage de la statue a eu lieu en Mars 1937 dans la cour de l'usine à Moscou. Une grue de 35 mètres fut amenée et 160 ouvriers furent mis à contribution pour l'édification de la statue. La nuit, on allumait des feux à l'intérieur de la carcasse d'acier pour voir les points qui n'avaient pas été soudés ou, bien mal joints.

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Photo en haut à gauche Mounikhia en beret.


    Lorsque l'assemblage fut fini, Staline en personne vint voir l'Ouvrier et la Kolkhozienne. Une rumeur disait qu'en certains endroits, on pouvait voir des effigies de Trotski, ennemi des classes soviétiques, par brillance ou en ombre chinoise en se plaçant à certains points. Il se pourrait que ces rumeurs distillées par le directeur de l'usine Tambostev, aient été la raison véritable de la venue de Staline sur le chantier.

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Photos de Richard Napier -USA- 1982 pour les six photos en noir et blanc, 2006 pour les trois photos en couleurs dans le hangar plus bas.

    La statue a ensuite été découpée en 65 morceaux acheminés à Paris par 28 véhicules par la route. En Pologne, certaines pièces ne passant pas sous les ponts durent être déballées et acheminée une à une. Une vingtaine d'ouvriers, monteurs, mécaniciens, soudeurs aidés de 28 travailleurs français remontèrent le groupe au fronton du pavillon soviétique.

mounikhia urrs paris exposition internationale 1937

Les deux batiments, soviétique et nazi, depuis la rive gauche.

    En onze jours (au lieu de vingt-cinq prévus) la statue fut montée à son emplacement grâce entre autres à la grue monumentale que les Russes avaient emmené dans leurs bagages depuis l'usine Moscou.

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On distingue sur le photo de gauche, les deux blocs sculptés au pied du pavillon. A droite, l'ouvrier et la kolkosienne, aujourd'hui à Moscou dont l'image a longtemps été utilisée à la télévision soviétique pour l'ouverture des programmes des studio Mosfilm.

À la fin de l'exposition internationale de 1937, les colosses ont été remontés à Moscou où ils trônèrent devant le bâtiment de l’exposition permanente des réalisations de l’industrie et de l’agriculture soviétique. Ils sont aujourd'hui en restauration.   Photos de Richard Napier -USA- 1982 pour les photos en noir et blanc, 2006 pour les photos en couleurs dans le hangar.   Photos d’Alexander Orlov, pour les photos de démontage en noir et blanc. pavillon urss 1937

pavillon urss 1937


Photos de Richard Napier -USA- 1982 pour les photos en noir et blanc, 2006 pour les photos en couleurs dans le hangar.

    À la fin de l'exposition internationale de 1937, les colosses ont été remontés à Moscou où ils trônèrent devant le bâtiment de l’exposition permanente des réalisations de l’industrie et de l’agriculture soviétique. Restaurée à partir de 2003, le couple d'acier veint d'être remonté en 2009.

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Photos d’Alexander Orlov, pour les quatre photos de démontage en noir et blanc, réalisées en 2003 .
Remerciement à l'auteur , voir son site http://alpauk.livejournal.com/


    Le piedestal de 10 mètres, que l'on voit sur la carte postale couleur en haut de page, a été détruit, et la sculpture a aujourd'hui retrouvé un piedestal à sa hauteur, puisque les Russes dont le projet est mené par Vadim Tserkovnokov, chargé de la restauration, ont reconstruit à l'identique le pavillon de 1937, inauguré début décembre 2009.Ce nouveau pavillon abrite un musée et des salles d'exposition. Les deux haut reliefs, dont l'histoire est racontée ci-dessous ont été eux aussi reconstruits.

 

Belisky 1937 urss moscou1937 urss moscou

1937 urss moscou Belisky

1937 Belisky urss moscou

Belisky 1937 urss moscou

Photgraphies ci-dessus de Anton Belitsky, photographe russe, avec son accord. spacibo . Photos prises le 5 décembre 2009, lors de l'inauguration du nouveau monument
Voir le site d'Anton Belisky

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    Mis à jour en 2008, François Gentili, archéologe, vient de mettre à jour un nouveau vestige des exposittions. Il s'agit de statues brisées découvertes dans la profonde glacière du parc du château de Baillet-en-France dans le Val d'Oise.

urss 1937 baillet

    Ces statues de Joseph Tchaïkov ornaient le pavillon soviétique de l'exposition des arts et techniques de la vie moderne à Paris, en 1937.

urss 1937 baillet

urss exposition internationale1937

    C'est au cours de fouilles préventives, réalisées par l'INRAP, avant la construction d'un lotissement, dans le parc de l'ancien chateau de Baillet en France, que ces statues ont été découvertes, presque par hasard au fond d'une glacière datant du XVII siècle.

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Le Géorgien et son cheval.

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L'Ouzbek.

    Lorsqu'un marteau et une faucille furent découverts, les doutes firent s'éloigner les hypothèses Renaissance (époque du chateau, détruit dans les années 80 ). Le blason d'Arménie, représenté par le mont Ararat et l'arche de Noé, d'Azerbaïdjan symbolisé par les puits de pétrole de Bakou, ont assez rapidement orienté les recherches vers le pavillon de l'URSS exposé à Paris pour l'exposition Internationale de 1937.

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François Gentili au fond de la glacière de Baillet en France.


    François Gentili, archéologue à l'INRAP, (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) qui a découvert les statues en 2004, explique que les sculptures réalisées par l'artiste Joseph Tchaïkov (Kiev 1888, Moscou 1986) proviennent de deux blocs monolithiques, présentes de part et d'autre du pavillon soviétique. D'un côté les symboles des onze républiques soviétiques, de l'autre les habitants et l'art des onze républiques construisant le communisme.

    Joseph Tchaïkov est né à Kiev en 1888. Son grand père Solfer, intellectuel juif religieux à Pinsk le fait renter dans un atelier de gravure en 1908 où il se distingue par son travail. Il obtient une bourse de la Société des artisans de Kiev pour aller étudier à Paris. Il y intègre l'école supérieure des Arts Décoratifs et l'école des Beaux-Arts. il croise à la Ruche (Voir la ruche, vestige de l'exposition de 1900) Soutine et Chagall. Il expose avec l'avant-garde parisienne au Salon d'Automne de 1913. Ces années d'avant-guerre, il forme un courant artistique juif; "Makhmadim (les précieux), voulant "fournir au monde de nouveaux motifs d'art juifs".
Tchaikov retourne à Kiev avant la première guerre mondiale, où il poursuit son activité artistique engagée. Il veut incarner dans ses sculptures la vie même et trouver une source d'inspiration pour l'avenir. En 1925, il entre à La Société de sculpture Russe à Moscou pour en devenir son président en 1929. Dans les années 30, il symbolisa le courant du réalisme dans la sculpture soviétique. Il meurt à Moscou en 1979.

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Photo de droite de Anton Belitski, Moscou décembre 2009


    Les deux blocs de Joseph Tchaïkov ont trouvé refuges fin 1937, à Baillet, dans le parc du syndicat de la métallurgie qui accueillait des camps de loisir pour la jeunesse, venus à quelques dizaines de kilomètres de Paris prendre le bon air, mais qui acueillait aussi les familles qui venaient pique-niquer le dimanche et assister à des spectacles. Avec la maison des Metallos et la clinique des Bleuets, dans le 11e arrondissement de Paris, le parc de Baillet est un haut lieu du mouvement social en France.

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Libre reconstitution à Moscou de la frise de Chaikov, au pied de l'Ouvrier et de la Kolkhozienne. Photos de Anton Belitski prises le 5 décembre 2009, lors de l'inauguration du nouveau monument
Voir le site d'Anton Belisky

    En 1939, c'est la jeunesse pétainiste qui vint s'ébattre dans le parc et détruit les symboles bolcheviques, mais très rapidement le gouvernement Daladier transforme le chateau en centre d'internement administratifs pour les communistes. La CGT a repris possession du chateau de 1945 à 1970. Il semblerait que les blocs aient été déposés dans la glacière après guerre, ne sachant que faire des morceaux brisés qu'on aperçoit au sol sur des photos de 1945 ou 1946.

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20 cartes postales détachables.

 

vestiges des expositions universelles de Paris

Sur les traces des expositions universelles, Paris, 1855 - 1937. Par Sylvain Ageorges aux éditions Parigramme, (extraits).

En vente sur Amazone.fr , Fnac.com , Chapitre.com et dans toutes les bonnes librairies.

Des questions, des infos? Contactez-moi: Sylvain Ageorges